Raid à ski dans les Ecrins, « tour des Agneaux »

Du 26 au 28 mars 2021, nous sommes allés faire une escapade du côté des Ecrins avec Bruno. Avec les mesures sanitaires, ça devient (très) compliqué de trouver des hébergements commodes en montagne et c’est dans le secteur du glacier Blanc que nous avons trouvé notre bonheur. Ca tombe bien l’altitude du massif permet de présager de bonnes conditions et la météo a l’air de la partie. Au départ du Mônétier, nous avons trouvé une boucle bien alpine de 3 jours très intéressante pour faire « en gros » le tour des Agneaux.

Les sacs sont bien chargés pour notre aventure. Outre le matériel technique, il faut prévoir de quoi faire la popote ces temps-ci et lorsque nous les mettons sur le dos, ce n’est pas sans penser aux lois universelles de la gravité.  Nous attaquons la première journée du bas des pistes du Mônétier avec pour objectif de rejoindre le refuge du glacier Blanc par le col du Mônétier et le glacier Jean Gautier. Le ciel est divin et très vite nous sommes cernés par les remparts du vallon du Grand Tabuc dont la crête des Grangettes qui abrite la classique goulotte Fantomas. On la devine en arrière plan dans l’axe de Bruno sur la photo ci-dessous à droite.

Hormis le dénivelé déjà important (~ 1900 m), le linéaire du Grand Tabuc est assez long et nous sommes contents lorsque nous arrivons enfin au passage raide intermédiaire vers 2900 m. Il y a bien des options sur ce passage et nous hésitons un instant. Les itinéraires « classiques » ont l’air bien plaqués, de l’autre côté ça a déjà bien chauffé mais les pentes ont bien purgées. Nous décidons de partir dans les pentes purgées même si les boulettes de fonte n’augurent pas une ascension très confortable. Ci-dessous Bruno sort du passage raide, avec le pic de Dormillouse en arrière plan.

Après 6 heures d’ascension, nous atteignons le col du Monêtier, les planeurs au-dessus de nous s’en donnent à cœur joie, les faces sud ouest du pic de Dormillouse donnant généralement un thermique généreux d’une homogénéité remarquable. Nous traversons le col escarpé en crampons avant de chausser les skis en haut du glacier Jean Gautier pour une longue descente de 800 mètres de dénivelé.

Nous arrivons bien tôt au refuge non gardé compte tenu des circonstances sanitaires. Le refuge d’hiver est hyper confortable avec couvertures et petite rivière à proximité du refuge pour nous alimenter en eau. Les chocards sont contents d’avoir un peu de compagnie et surtout de partager l’apéro avec nous !

Au petit matin, nous nous réveillons dans le jour blanc. Mais conformément aux prévisions, le temps se lève rapidement et nous démarrons notre journée dans une ambiance olympienne avec les nuages qui se déchirent. Côté nivologie, il semblerait que mère nature ait été plus généreuse que prévu et nous traçons dans un bon 15 cm de neige fraîche.

Une excitation grandissante commence à nous envahir lorsque nous foulons le glacier Blanc. Après un petit stop à l’aplomb du refuge des Ecrins pour laisser un peu de matos et alléger nos sacs nous poursuivons vers l’objectif du jour : le sommet de Roche Faurio qui culmine à 3730 mètres. La couche de poudreuse repose sur une croûte plus dure et nous devons mettre les couteaux pour faciliter la progression. Une fois sur l’arête S nous terminons carrément en crampons étant donné la raideur.

 

Au sommet de l’itinéraire skiable nous constatons que l’arête a l’air praticable. Quelques friends sous le coude nous permettent de la convoiter sereinement. Quelle bonne idée ! Son parcours est sublime nappé de neige fraîche de la sorte et l’ambiance vertigineuse est au rendez vous. Bruno semble retrouver les sensations des ascensions remarquables qu’il a effectuées dans le passé. Il est très à l’aise dans ce terrain délicat.

 

Les conditions au sommet sont exceptionnellement bonnes, pas de vent. La vue est splendide à 360°, le Mont Blanc semble à portée de piolet ! Nous avons un bon visuel sur le bas du glacier des Agneaux, itinéraire de descente prévu pour le lendemain.

 

Après avoir parcouru l’arête en sens inverse et retrouver nos skis, c’est parti pour une descente de 500 mètres de dénivelé dans une neige fraîche toute vierge pour retrouver nos affaires. Et pour 120 mètres de D+ supplémentaire nous arrivons au refuge.

 

Super accueil au refuge des Ecrins « semi-gardé » pour l’occasion : chauffé, quelques vivres dispo, une bonne soupe, du gaz pour la tambouille et un dortoir plein de couvertures ! Plus qu’il n’en faut pour nous requinquer après cette belle journée en montagne.

Le lendemain, nous avons un sacré programme pour boucler jusqu’à la voiture. Louis, bénévole au refuge, nous accompagne jusqu’au col Emile Pic pour récupérer un rappel coincé par un groupe précédent. Encore un ciel bleu azur.

Le passage du col est en bonne condition, bien en neige. Juste un petit pas de glace / mixte pour pimenter le franchissement, puis nous traversons sous la facette ouest pour aller chercher l’arête N très facile, nous laissons nos skis au pied et la remontons jusqu’au sommet de Neige Cordier à 3614 m. Encore une superbe vue là haut. Nous hésitons un instant à descendre par la brèche de la Plate des Agneaux (versant est), mais les conditions de neige ont l’air trop folle en nord. L’effort supplémentaire de la remontée du vallon du rif de la Planche a l’air de valoir le coup.

 

C’est donc versant nord que nous basculons pour une descente sublime de 1500 mètres de dénivelé sur l’esthétique glacier des Agneaux. La peuf est au rendez vous et l’ambiance est dingue. La profondeur des vallées glaciaires est impressionnante. La connexion avec le glacier de la Plate des Agneaux se skie encore même si c’est très limite et nous parvenons à glisser jusqu’aux refuges de l’Alpe de Villar et Chamoissière. C’est là que nous réalisons notre ultime repeautage pour rejoindre le Petit Tabuc qui nous ramènera skis aux pieds à quelques mètres de la voiture !

 

Un tour exceptionnel, surtout dans ces conditions. Bravissimo à Bruno qui n’a pas bronché aussi bien physiquement que techniquement ! Merci à lui pour les petits montages vidéo de cet article.

Petite cartographie approximative comme suit.

J1 en bleu D+ 1900 / D- 800.

J2 en jaune D+ 1400 / D- 600.

J3 en vert D+ 800 / D- 1500 et pas mal de bornes.

 

 

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