Cougourde voie du Schweb

Jeudi 13 octobre 2022, avec Marc nous sommes allés à la Cougourde gravir la peu parcourue voie du Schweb. Au-dessus du Z, nous sommes sortis par la variante Gounand.

Peu connue, la voie du Schweb TD, 6a, 350 mètres a été ouverte le 10 août 1973 par Dominique Marchal et V. Marchand.
Le Guide des Alpes-Maritimes de Jean-Paul Gass aux éditions Alticoop indique, TD, V/A2.
La description du topo Camptocamp est juste à un détail près. Par contre, cotations sévères et ça peut difficilement être moins que P3+ (prendre de quoi protéger la totalité des longueurs, et construire la plupart des relais).

Se déroulant dans une zone assez raide et sur globalement un très bon rocher, cet itinéraire propose une superbe escalade soutenue et exposée sur assurage traditionnel, pitons, coinceurs, friends.

Ascensions notables :
– 1ère répétition, Jean Gounand et Didier Ughetto le 28 juillet 1974.
– 1ère hivernale, Françoise Quintin et Patrick Berhault (17 ans) le 22 janvier 1975.

Le tracé de la voie du Schweb en face ouest de la cime IV 2892m de la Cougourde :

Hypothèse de ce nom marrant, le Schweb :
– en allemand, 2ème personne de l’impératif présent du verbe schweben.
– un des sens possibles de schweben, c’est être dans l’incertitude, voire en danger.

Serait-ce un avertissement!?
Je ne suis pas certain que le sens donné par les ouvreurs soit celui-là. En revanche, même si dans les canons actuels, cette voie ne présente pas de difficultés élevées, nous sommes certains d’avoir ressenti de l’incertitude.
Bref, une voie d’aventure par excellence!

Sous un autre angle et un autre éclairage, le tracé de la voie du Schweb en face ouest de la cime IV 2892m de la Cougourde.
Avant de nous lancer, avec Marc nous étudions bien le parcours. Tout en étant sinueux et avec très peu d’équipement en place, la voie du Schweb étant marquée par différents surplombs puis un dièdre final assez caractéristique, l’itinéraire se trouve assez bien :

Pas très en forme aujourd’hui, je me traîne pour arriver au pied. Patient, Marc subit la situation.
Nous voilà enfin au départ, marqué par une grande dalle à droite du dièdre le plus prononcé de la partie droite de la face ouest.
Juste un peu avant midi, nous attaquons avec une heure de retard sur le timing. Au moins il ne fait pas froid!

Dès le début, le rocher est fabuleux! Aucun point sur les premiers mètres, ni même peut-être sur les premières dizaines de mètres. Les pitons ne sont donc pas légion, le ton est donné.
L’itinéraire est assez simple, monter droit sous le 1er surplomb, 5a :

Des cordes qui montent à l’infini sur un rocher « stupenda » diraient nos amis transalpins, cela résume assez bien la situation.
En haut de la dalle, traverser à gauche sous le 1er surplomb et forcer un petit mur plus raide, 5b :

Les relais ne sont pas toujours évidents à construire. Avec un peu de corde tendue nous montons jusqu’à la première vire. Relais sur friends.

Ensuite, obliquer sur la gauche, puis franchir le 2ème surplomb également par la gauche, en forcant directement un 2ème petit mur raide, 5c :

Sous le 2ème surplomb, une bonne lame Charlet datant de Mathusalem indique que nous sommes dans la voie.
Concept plutôt propre aux alpinistes jusque dans les années 70, certains s’arrêteront peut-être effectuer un relais sur un seul point :

Au-dessus de la bonne lame Charlet oxydée, le petit mur raide en 5c.
A noter qu’il est inutile de se laisser attirer par la dalle à gauche :

Dans les topos, un relais est indiqué : « un peu à droite au pied d’une vire oblique à gauche ». A noter que cette vire, je la qualifierais plutôt de « fissure caractéristique oblique à gauche » (visible du bas).
Marc est en forme, j’ai confiance en lui. En profitant des microtractions et de l’assurage qu’elles peuvent offrir en corde tendue, pour notre part, nous poursuivons vers le 3ème surplomb (noir et moins marqué). On franchit une dalle assez raide en 5b, puis nous dépassons un relais déconseillé et nous franchissons le 3ème surplomb par la droite, 5c :

Relais sur friends dans une zone de petites banquettes.
Spits de « Arrêtez les ministres » et « Pistou Double » à droite. Bravo aux ouvreurs d’avoir prêté attention de ne pas interférer avec la voie historique du secteur :

Nous voici sous le grand dièdre final :

Pour quitter les banquettes, on ne prend pas droit au-dessus du relais dans la zone éboulée indiquée dans les topos. Un gros bloc « guillotine » ne nous inspire pas.
On privilégie de se décaler à droite sur le pilier (bon friend) puis de revenir à gauche, 5c jusqu’au piton branlant dans le petit dièdre (bon friend).

On décide de ne pas faire relais (bonne blague le becquet) sur la fausse vire sous le grand surplomb blanc (lèvre de lichen jaune visible du bas).
Ensuite, remonter le dièdre lichéneux et forcer la dalle vers la droite, 6a (pitons et vieilles sangles).
Commencer le dièdre qui suit et rapidement obliquer à droite jusqu’au fil de l’éperon, 5b.
Arrivez sous le petit surplomb noir (relais déconseillé), le topo indique le dièdre de gauche que nous prenons, 5c. A noter que le dièdre de droite semble en plus beau rocher et moins difficile.
Depuis notre relais précédent, 50 mètres, gérer le tirage, relais sur une jolie petite marche, 3 pitons :

La dernière longueur, raide et superbe dièdre – cheminée en 5c :

La voie du Schweb est usuellement décrite en sortant par la droite par du terrain plus facile jusqu’à l’arête sud-ouest puis le sommet de la cime IV.
Aussi enthousiaste que moi, sur la vire du Z, avec Marc nous décidons de partir pour une autre aventure, la variante supérieure de Jean Gounand. Une des innombrables créations dont il a le secret!

En voici une description.

Du relais (piton et friend) en haut de la cheminée finale du Schweb, obliquer à gauche jusqu’à une vire marquée, la vire supérieure du Z. La suivre vers la gauche, jusqu’à ce qu’elle s’élargisse au pied d’une zone de rocher clair. Juste à gauche, au pied d’un vague dièdre, trouvez un piton caché et une fissure (friend 0,3). 30 mètres, III, relais.

Revenir quelques mètres à droite jusqu’à la vire la plus large, puis montez droit, 4c, à l’aplomb du point de faiblesse entre les surplombs :

Passez les surplombs, 5b :

Poursuivez droit dans le mur au plus raide, 5b :

Plus haut, on rejoint un dièdre (1 piton dans la dalle), le remonter un peu à gauche. Sur une toute petite marche herbue (50 mètres), relais sur piton et friends.
En oblique à gauche, zigzaguez pour éviter les toits au plus simple (1 piton) :

Par la gauche, évitez le surplomb le plus à gauche, 5b.
Puis sur une dizaine de mètre, montez droit. Sur une vire assez marquée, 2 pitons espacés l’un de l’autre permettent de faire relais :

Droit au-dessus du relais, forcer le mur, 2 pitons, 5c.
En sortir par la gauche, petite vire. Un becquet et un friend, relais, 25m.

Dernière longueur, droit au-dessus du relais. Montez droit dans le mur, 2 pitons, puis un peu en oblique vers la gauche en restant toujours sur le plus beau rocher le plus compact, 5c.
Sortir dans le pierrier sur l’arête sud-ouest au niveau d’un gros bloc. En faisant « sauter » la corde à sa gauche, cela garantit de ne pas faire tomber de pierres ou blocs en équilibre.

18h, arête sommitale, dans la voie nous avons mis autour des 6 heures.
Des nuages donnent une belle lumière, avec Marc nous sommes très heureux d’avoir partagé cette voie et cette journée!

 

2 réflexions au sujet de “Cougourde voie du Schweb”

  1. Belle surprise et très grand plaisir à voir des photos de cette voie, je n’en avais pas.
    Faite en aout 86 avec mon copain Christian, sans coinceurs, sans friends et en plantant (difficilement) un seul clou au premier relais, nous gardons presque 40 ans plus tard de cette magnifique (mais très exposée) voie un souvenir marquant et ému que nous évoquons de temps à autre! Ah, jeunesse et insouciance ( ou inconscience ?). merci et bravo à vous.

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  2. Bonjour Guy,

    merci beaucoup pour ce message!

    Et oui vraiment bravo, c’est une époque où vous utilisiez moins de matériel pour vous assurer…
    Dépassement de soi garanti, vous avez dû y vivre une belle aventure.

    Génial, merci pour le partage.
    Bien à vous, Stéphane BENOIST.

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